Un accueil et un cadre adaptés

Un cadre sécurisant

Pouvoir se déposer– verbalement, émotionnellement, corporellement, énergétiquement – dans un lien en confiance implique avant toute chose de se sentir suffisamment en sécurité pour ce faire, ne fut-ce que pour partager son insécurité.

Ce cadre sécurisant est nécessaire à tout  travail psychothérapeutique.

Il l’est tout particulièrement pour ces femmes exilées en séjour précaire ayant fui des violences que nous accompagnons, qui ont le plus souvent un vécu marqué par l’insécurité, ayant le plus souvent grandi et vécu dans une normativité empreinte de violence et marquée par des événements traumatiques associés à des trahisons fondamentales; ayant notamment pour la majorité subi encore fillettes une (première) mutilation génitale organisée par leur famille, et/ou très jeune encore données/vendues en mariage à un ami de leur père, violée, battue et maltraitée ensuite au quotidien; parfois aussi, elles sont marquées par un vécu d’insécurité dans un contexte de guerre ou de répression politique arbitraire, dans le cadre duquel elles ont également été abusées dans leur chair et dans leur condition de femme.

Tant qu’elles sont en procédure, ces femmes vivent également dans une insécurité importante par rapport à leur futur : possibilité angoissante d’être renvoyée de force dans leur pays, ramenée aux violences qu’elles ont fui auxquelles ce rajouteraient la répression pour avoir fui et ainsi déshonoré la famille; possibilité angoissante également de se retrouver à la rue sans papiers en Belgique, le cas échéant avec leur(s) enfant(s), en cas de non-respect d’un ordre de quitter le territoire; insécurité quant à leur vie-même et celle de leur(s) enfant(s) (que ce soit en cas de retour ou de mise à la rue); insécurité également du futur même avec l’obtention du droit de séjour en Belgique.

Elles vivent également souvent dans la peur que les personnes qu’elles ont fuies retrouvent leur trace– via un pair qui les reconnaîtrait ici; d’être alors enlevée, ramenée chez leurs malfaiteurs (qui est souvent leur mari et leur père); et/ou d’être tourmentée, torturée voire tuée à distance via le maraboutage.

De par leur vécu marqué par la violence subie, ces femmes n’ont souvent pas l’habitude non plus de pouvoir parler, encore moins de leur vécu, de leur ressenti, de leur colère et peuvent dès lors être facilement impressionnables, coupées dans leur élan, leur tentative, de se dire.

Les psychothérapeutes du Service Woman’Dō sont particulièrement attentifs au cadre sécurisant dont ces femmes ont besoin, y veillant notamment en :

  • ayant une qualité d’être et un professionnalisme dans lesquels s’inscrit une attitude sécurisante;
  • garantissant clairement aux femmes accompagnées le respect de la confidentialité de ce qu’elles déposent; qu’elles sachent que le psychothérapeute ne donnera des informations à l’extérieur que dans la stricte limite de ce qu’elles demanderont éventuellement elles-mêmes (par exemple pour une attestation);
  • en cas de collaboration – demandée par la patiente – entre le psychothérapeute et d’autres référents de celle-ci (avocat, médecin, assistant social,…), soignant la qualité de la communication et la cohérence des interventions, dans le respect du rôle de chacun;

Ressentir une sécurité affective de base sera souvent un préalable crucial pour ces femmes, condition primordiale de leur cheminement vers une (re)construction psychique; d’où l’importance spécifique d’un accueil chaleureux, constant et fiable, ainsi que du toucher bienveillant qui contient et sécurise.

Nous veillons ainsi à organiser les séances dans un local accueillant, agréable et chaleureux, calme, fermé, sans intrusions, sans objets ou décorations susceptibles de favoriser une insécurité, veillant également à la mise en attente éventuelle de la patiente dans un espace qui est également accueillant, calme, agréable et chaleureux, où les allées et venues éventuelles sont autant que possible limitées à celles des autres patient(e)s.  Le Centre Woman’Dō est lui-même situé dans un environnement calme et sécurisant, ce que ces femmes apprécient généralement beaucoup, ainsi qu’elles nous le renvoient.

Un accueil spécifique

Le sentiment de sécurité, comme le tissage du lien et du cheminement psychothérapeutique qu’il permet, commencent par l’accueil, pour la première séance et pour chaque séance ensuite : l’accueil de la personne tout simplement.

La qualité de l’accueil revêt un caractère particulièrement fondamental pour ces femmesqui non seulement sont seules en Belgique loin de leurs racines, mais également, souvent :

  • viennent de loin, en transports en commun, pour se présenter à leur consultation, emmenant parfois leur enfant en bas âge avec elle;
  • n’ont pas l’habitude de se déplacer seules en ville, en transports en commun, et de venir à des rendez-vous, en plus minutés dans le temps;
  • ayant vécu des expériences traumatisantes, ont des difficultés importantes – liées à ce vécu traumatique – à réintégrer des notions de temps, d’espace, du monde réel;
  • avant de venir, ne sont pas du tout familières avec la démarche d’aller voir un psychologue;
  • ont un vécu marqué par l’insécurité et la violence et vivent dans un état d’angoisse important, s’apparentant à un état de stress post-traumatique, avec des insomnies, douleurs physiques, qui peuvent rendre cette démarche de se rendre à cette consultation peu confortable…

Nous sommes dès lors particulièrement attentifs à offrir à ces femmes un accueil bienveillant, chaleureux, empreint d’une réelle qualité de présence (à soi et à l’autre).  Celui-ci participe inévitablement à l’établissement d’un lien entre le psychothérapeute et la patiente, une relation colorée d’affectivité, sur laquelle va se forger le transfert et le processus psychothérapeutique de (re)mobilisation des ressources et (re)construction identitaire.

Notamment, le cadre de l’accompagnement proposé aux femmes qu’il accompagne sera toujours présenté ou rappelé par le psychothérapeute avec une qualité de présence, à lui-même et à sa patiente, avec bienveillance et empathie, en ayant à l’esprit et prenant en compte que la femme qu’il accompagne :

  • maîtrise peut-être mal la langue française, même si elle n’est pas accompagnée d’un interprète;
  • vient peut-être d’arriver récemment en Belgique, et donc d’être plongée dans un monde où tout est totalement nouveau, différent, étonnant pour elle;
  • n’a peut-être pas ou que très peu été à l’école, ou reçu d’autre instruction quelconque que celle de la soumission aux ordres et aux besoins des autres;
  • se trouve probablement dans un état de grande fragilisation psychique, suite au contexte de vie dans lequel elle a évolué, aux événements traumatiques subis et à l’insécurité dans laquelle elle se trouve encore aujourd’hui quant à son futur.

Par exemple, si la séance ne peut avoir lieu ou doit être écourtée en raison du retard de la femme, le cadre du thérapeute ne permettant pas de décaler son horaire, cette information sera transmise à la patiente avec clarté, tout en témoignant à celle-ci une pleine empathie par rapport à la difficulté qu’elle a rencontrée pour arriver à l’heure en séance. Le thérapeute pourra lui dire qu’il est désolé de cette situation, lui proposer de reprendre un rendez-vous vite et lui dire qu’il sera content de pouvoir prendre vraiment le temps avec elle lors de ce prochain rendez-vous.

« Avant de vous rencontrer, j’allais vraiment mal, je pensais à faire des bêtises.  Et je me rappelle, dès le premier coup de fil, quand je vous ai  appelée pour demander si vous pouviez me voir très vite, même si ce n’était pas possible avant la semaine suivante, j’ai senti la bonne personne, l’accueil surtout, quand vous avez dit, avec une voix pleine de gentillesse, » je me réjouis de te rencontrer ».  Et je me rappelle du premier rendez-vous, l’accueil quand vous m’avez dit, avec votre sourire, « bienvenue, je suis contente de te rencontrer ».  Et depuis lors, je sais que vous êtes toujours là pour moi, et ça me soulage beaucoup». (Hawa, Burkina Faso, 28 ans)

L’accueil de la femme se prolonge – au fil du travail psychothérapeutique entrepris – par l’accueil de sa demande, de sa parole, de son vécu, de son ressenti, de ses émotions, de son transfert, de ses défenses, de son rythme, de ses silences, de ses besoins.

Un accueil réel, respectueux, bienveillant, empathique, sans jugement.

La qualité de présence du thérapeute, sa bienveillance et son empathie, la sécurité et la clarté de son cadre, la qualité de son accueil, de son écoute et du lien qu’il instaure (et permet de restaurer), tenant compte des particularités de ces femmes au vécu spécifique qu’il rencontre, sont considérés ici comme essentiels pour le travail mené par le thérapeute dans l’accompagnement de ces femmes vers une (re)mobilisation de leurs ressources et  le dépassement du traumatisme.