Orientation psychocorporelle

L’orientation psychocorporelle qui caractérise l’accompagnement psychothérapeutique que nous proposons est une dimension de notre spécificité qui revêt pour nous une grande importance.

Convaincus de la pertinence d’une dimension psychocorporelle dans l’accompagnement psychothérapeutique en général, nous sommes persuadés qu’avec les femmes exilées en séjour précaire ayant fui des violences, l’intégration d’une dimension psychocorporelle dans le travail psychothérapeutique est particulièrement précieuse, favorisant notamment la conscientisation par la personne accompagnée de son ressenti et de son vécu, la remobilisation de ses ressources, sa capacité d’être en lien, sa reprise de confiance et de pouvoir, ainsi que son sentiment de bien-être et de connexion à elle-même, au monde et aux autres.

La littérature scientifique, notamment fondée sur les expériences neuroscientifiques avec des personnes au vécu traumatique, reconnaît  l’importance d’une approche à dimension psychocorporelle dans la clinique du trauma (Lanius et al., 2006; Ogden et al., 2015; van der Kolk, 2007).

Avec les femmes exilées en séjour précaire ayant fui des violences, l’intérêt de l’intégration d’une dimension psychocorporelle dans l’accompagnement psychothérapeutique proposée – est conforté en outre par différentes spécificités qu’elles présentent :

  • les mutilations sexuelles, le mariage forcé et autres violences physiques et sexuelles vécues par ces femmes constituent des violences qui sont inéluctablement directement et profondément ressenties et inscrites tant au niveau de la psyché que dans le corps des femmes qui les subissent;
  • cette violence subie laisse souvent place à des mécanismes de dissociation corps-esprit, caractéristiques de l’état de stress post-traumatique, signant une fois de plus l’importance de la question du corps dans le traitement psychothérapeutique de ces femmes; comme si, ne pouvant supporter de faire face à cette réalité, la personne s’était coupée de son corps, sans pouvoir s’y reconnecter, se coupant également par là-même de la réalité, du monde, du lien social, et qu’au thérapeute était confiée la mission de permettre cette reconnexion, cette réconciliation;
  • ces femmes, habitées de leur vécu traumatique, de leur corps abîmé et de l’angoisse dans laquelle les plonge l’insécurité de leur situation présente, expriment le plus souvent des plaintes somatiques importantes (lourdes céphalées, maux de dos, douleurs vaginales,…) et un état de stress ayant des conséquences importantes directes sur leur sommeil (insomnies, cauchemars), sur leur vie sociale, sur leur confort de base et sur leur équilibre psychique; symptômes que le travail psychocorporel pourra venir soulager assez rapidement, tout en libérant une part du contenu intrapsychique lié, favorisant le processus de guérison;
  • l’expression verbale, l’élaboration mentale et la pensée analytique ne sont pas toujours aisés pour ces femmes (même si dans une mesure différente de l’une à l’autre), tenant compte du contexte de vie dans lequel elles ont évolué et de l’éducation et (non-)instruction qu’elles ont reçues; l’expression des émotions n’est pas non plus toujours quelque chose avec lequel elles sont familières; n’ayant que peu accès à l’élaboration mentale et à l’expression de leurs émotions, le corps constituera souvent un moyen d’expression privilégié pour elles; via la somatisation et l’expression corporelle, spontanément, ainsi que via le travail psychocorporel;
  • certaines de ces femmes sont enceintes, une part importante également mamans, d’enfants dont le plus jeune est souvent encore au sein; ici aussi, une attention à la dimension corporelle du vécu de la personne nous est singulièrement demandée;
  • retrouver un confort de base dans leur corps, une connexion sécure à celui-ci, dans le lien, constitue un besoin fondamental de ces femmes qui, nourri, les achemine inéluctablement sur le chemin de la guérison;
  • le fait d’apprendre à suivre son corps participe à l’apprentissage de la permission d’être.

Au sein du Centre Woman’Dō, les psychologues sont formés pour accompagner les femmes que nous recevons avec une approche psychocorporelle.  

Le travail psychocorporel peut se faire assis, sans parler ou en parlant; il peut se faire aussi en mouvement, ou encore couché (au sol, ou sur une table de soins). Il peut aussi passer par un travail avec le son et la voix.

Quelle que soit la forme qu’il prend, il implique une qualité de présence du thérapeute (à soi, à l’autre), une attention permanente portée par le thérapeute à son propre ressenti corporel  en même temps qu’au processus corporel de la personne qu’il accompagne et à la conscience qu’elle en a.

Nous considérons en effet que le travail psychocorporel consiste avant tout à amener la personne accompagnée à prendre davantage conscience du processus corporel qui se passe en elle à chaque instant, comme un baromètre sur lequel elle peut s’appuyer pour devenir toujours plus consciente, dans le présent, de ce qui est vrai, juste, pour elle.  Ce travail de réappropriation de son monde intérieur par la re-conscientisation de son ressenti se fera dans le lien, dans le partage de son ressenti avec son thérapeute, qui pourra l’entendre et la reconnaître dans la vérité qu’elle dépose, lui permettant de cheminer dans son processus de remobilisation et réactivation de ses ressources.

Formés à cette pratique, les psychothérapeutes du Service Woman’Dō pourront également intégrer dans l’accompagnement psychothérapeutique de la personne une proposition de moments de travail corporel où la femme, couchée sur une table de soins, profite d’un travail corporel et énergétique réalisé directement par le psychologue, et intégré à son travail de psychothérapie.  Les mains du thérapeute pourront être posées sur la patiente; des parties du corps et des zones énergétiques pourront également être mobilisées, des tensions travaillées, tout cela avec une qualité de présence et de lien particulière, et une invitation de la personne à rester connectée à son ressenti et à exprimer tout ce qu’elle souhaite, en particulier ce qui n’est pas confortable.  Ce travail est toujours intégré dans le travail de psychothérapie plus global, dans lequel l’expression verbale reste centrale, dans le rythme et le contenu amené par la patiente.

Intégré dans notre travail psychothérapeutique avec les femmes exilées en séjour précaire ayant fui des violences, le travail corporel sur table s’est avéré tout particulièrement riche et pertinent, permettant notamment à ces femmes de :

  • faire une expérience de bien-être sentie dans le corps, partant d’un toucher bienveillant d’une personne qui prend soin d’elles et dans les mains de laquelle elles peuvent se déposer; inscrivant une autre mémoire dans le corps et la psyché que celle du vécu connu de violence du toucher, liée à une violence ou absence de lien;
  • sentir le contenant que propose le thérapeute à travers le soin; se sentir contenues, dans leur angoisse, leur insécurité, leur douleur; ce qui peut être en soi également une expérience et un vécu importants dans leur processus de (re)construction psychique et identitaire;
  • ressentir pleinement, différemment encore, également au niveau corporel et énergétique, la présence du thérapeute, sa disponibilité, sa bienveillance, son respect, son attention et le soin qu’il prend d’elles;
  • ressentir dans l’accompagnement un soulagement important et immédiat de leurs maux de tête, maux de dos, tensions diverses; accompagnant un apaisement sensible de leur angoisse, de leur sentiment d’insécurité, de solitude; permettant également parfois d’éviter ou alléger une médication présente ou envisagée;
  • réapprendre à ressentir leur corps, à suivre leur expérience énergétique et corporelle, à ne pas s’en dissocier; prendre conscience de la difficulté à rester connecter à leur ressenti ;
  • ressentir des tensions, des résistances, des émotions, des peurs, qui lâchent ou qui ne lâchent pas, connues ou inconnues; ressentir un lâcher prise, une ouverture, une souplesse, des possibilités, connus ou inconnus; vivre l’expérience de pouvoir être entendues et reconnues dans leurs ressentis, respectées dans leurs limites; accueillies dans ce qui est;
  • connecter des vécus logés dans leur mémoire intra-psychique, le cas échéant en lien avec une expérience traumatique; pouvoir les accueillir, le cas échéant retraverser le trauma, dans un cadre de sécurité, dans le lien, dans un processus thérapeutique, accompagné comme tel.

Les retours qu’elles font de cette expérience, qui dure souvent un court moment pendant la séance (pour les séances où un soin est intégré), parlent tant du bien que leur procure ces moments, que de l’importance qu’il prend dans le travail psychothérapeutique :

« Je me sens très bien, comme si tout est en place, que j’ai tout senti dans mon corps et que tout est bien.  Je n’ai jamais senti ça depuis ma naissance.  Je voudrais que ma mère connaisse ça »Aza, Syrie, 29 ans

« J’aime bien le massage, ça me fait beaucoup de bien chaque fois, je me sens légère après, pendant une semaine après le massage, je sens que je reste légère.  Souvent mon cœur est lourd, et après le massage ça me libère, je peux enfin respirer »Halimatou, Soudan, 22 ans

« J’ai senti comme vous vous souciez vraiment de moi, comme vous êtes vraiment là pour moi, vous m’avez demandé tout à l’heure ce qui était positif dans ma vie, je vous ai dit rien à part mon fils, pendant le massage je me suis dit ça c’est une nouvelle chose positive dans ma vie, je sais que vous êtes là »Aimée, Congo, 35 ans