Séjour précaire

Le Centre Woman’Dō est un planning familial spécialisé dans l’accompagnement de femmes qui non seulement sont exilées suite à des violences qu’elles ont fuies, mais qui en outre sont toujours, au moment de leur prise en charge, en séjour précaire, c’est-à-dire dont le « droit de séjour » en Belgique n’a pas encore été octroyé à titre définitif.   Elles sont en ʺprocédure de séjourʺ pour obtenir la régularisation de leur situation de séjour.  Souvent, elles demandent la protection internationale que peut leur octroyer la Belgique dans le cadre de la procédure d’asile, vu les violences qu’elles ont fuies et leurs craintes de persécution en cas de retour.

La précarité du droit de séjour en Belgique maintient le plus souvent ces femmes dans une angoisse terrible d’être renvoyées dans leur pays, et d’y vivre et subir les violences qu’elles ont fuies, aggravées encore par l’angoisse de la répression du fait d’avoir fui.  Il peut s’agir d’angoisse de mort.  Elles peuvent également vivre dans l’angoisse que leur(s) enfant(s) subisse(nt) les violences fuies et craintes si elle ne peuvent être protégées avec eux ici.

Le plus souvent, les violences craintes en cas de retour sont des violences de genre

  • soit organisées au sein même de la famille et protégées par tous, la famille, la société et l’Etat
  • soit des violences sexuelles perpétrées par un tiers –souvent représentant de l’Etat – causant rejet de la famille et de la société –> Aucune protection possible au pays –Danger partout + pas de possibilité pour ces femmes de « refaire leur vie (Dans leur pays, notamment en tant que femme, elles n’ont pas la possibilité de poser des choix qui les mettent à l’abri de ces persécutions qu’elles ont vécu et/ou craignent)

De plus, avoir fui (le cas échéant avec leur descendance) représente souvent déshonneur majeur pour la famille, augmentant considérablement encore pour elles les risques de persécution grave – voire de mort – en cas de retour.

Obtenir asile représente souvent la seule issue possible pour ces femmes.

Une question envahissant souvent leurs nuits : « Si mon asile est refusé, je vais où ? »

Des angoisses et pensées de mort majeures envahissent le psyché de ces femmes.

Ne pouvant envisager de rentrer au pays, la précarité du séjour leur fait aussi craindre de se retrouver ici livrées à elles-mêmes, à la rue, le cas échéant avec leurs enfants, sans aucune ressource pour se nourrir et se loger.

Elles peuvent être également très angoissées par la procédure : expliquer son vécu dans des conditions difficiles et parfois inappropriées, devoir s’exprimer dans des conditions intimidantes alors qu’elles ont souvent été brimées dans le développement de leur potentiel d’expression et que ce dont elles doivent témoigner représente en outre un vécu traumatique, attendre les décisions parfois très longtemps, recevoir des décisions négatives,…

La littérature souligne le vécu d’inhumanitéque peut faire vivre à une victime de violences traumatiques la non reconnaissance et non protection par les autorités auxquelles elle la demande

Nous constatons effectivement que le fait  de ne pas être crue et protégée par les autorités auxquelles elle demande protection représente

  • Presque toujours source d’exacerbationsévère des symptômes d’ESPT d’origine
  • Souvent en soi nouveau trauma s’ajoutant au(x) précédent(s)

Aussi, pendant qu’elles sont en procédure, ces femmes vivent en outre le plus souvent en Centre d’accueil.  Tout en y trouvant souvent beaucoup de bienveillance et un accueil de qualité, la vie communautaire, la promiscuité et l’attente angoissante qu’elles y vivent durant de longues durées leur font souvent vivre un sentiment d’emprisonnement, de perte de dignité, d’espoir, et de stress intense.  Elever leurs enfants dans les Centres est souvent également vécu comme très difficile à accepter pour elles.

La durée de l’attente est d’autant plus insupportable qu’elle fait perdurer la durée pendant laquelle leurs enfants restés au pays ne peuvent pas être rapatriés en Belgique dans le cadre d’un regroupement familial.

  • Souvent, à l’arrivée, elles apparaissent sous le choc de leur vécu fui et surprises à la fois de la procédure qui les attend; et en même temps extrêmement reconnaissantes de l’accueil, médusées parfois de découvrir qu’ont peut agir avec elles avec respect et bienveillance
  • L’attente dure, elles commencent à se sentir oubliées, en prison, surtout si enfants restés au pays
  • Très difficile –et contre-thérapeutique – de témoigner de violences sexuelles et traumatiques dans un contexte procédural
  • Souvent, après très longue attente, la première décision CGRA est négative(elles ne sont pas crues, pas comprises); ce à quoi s’ajoute une perte de droits liée –> désespoir, angoisse augmente, symptômes ESPT exacerbés++

Les difficultés importantes spécifiques que ces femmes peuvent vivre du fait de la précarité de leur séjour – exacerbant souvent sévèrement les souffrances qu’elles vivent du fait des violences qu’elles ont fuies– justifie l’existence d’un Centre tel que Woman’Dō, planning spécialisé dans l’accompagnement post-traumatique de femmes exilées en séjour précaire ayant fui des violences, proposant une approche spécifique et intégrée pour venir en aide de la manière la plus adéquate et efficace possible à ces femmes en grande souffrance et en situation de grande vulnérabilité, se trouvant exilées en séjour précaire après avoir fui des violences contre lesquelles elles ne pouvaient être protégées dans leur pays.