Dimension transculturelle

Woman’Dō est un Centre de planning familial spécialisé pour l’accompagnement post-traumatique de femmes exilées, qui ont fui des violences, et qui viennent souvent d’arriver en Belgique, y étant encore en séjour précaire lorsque nous les rencontrons.

Ces femmes exilées, quand elles arrivent ici, sont souvent très surprises de découvrir à quel point la vie ici est – à maints égards – très différente de ce qu’elles connaissaient, notamment au niveau des rapports humains en général et hommes/femmes en particulier, des codes de conduite et de communication, des valeurs véhiculées, des droits, des devoirs, de l’autorité, de la place de l’individu par rapport à celle du groupe, du fonctionnement de la collectivité, des croyances, des pratiques, des possibles, etc…

Elles ont nécessairement des vécus, repères et références inscrits dans la culture dans laquelle elles ont grandi et qu’elles se sont forgée.

La souffrance qu’elles viennent nous déposer est pour partie inscrite dans des vécus qui ont des racines culturelles différentes de celles que nous cotoyons ici.  Ainsi, notamment :

  • les mutilations génitales, mariages forcés et violences de genre associées dont souffrent la majorité des femmes que nous accompagnons sont le plus souvent des pratiques qui – là où elles vivaient – se pratiquent sur toutes les jeunes filles/femmes ou une grande majorité d’entre elles, et qui s’inscrivent dans des croyances culturelles en lien avec la place, le rôle, la fonction de la femme dans la société;
  • la peur du maraboutage, qui est une réalité qui prend une certaine place dans ce que ces femmes que nous accompagnons expriment en séance, participe à des croyances et représentations également propres à des références culturelles qui diffèrent généralement des nôtres.

Les psychothérapeutes de notre Service sont préparés à entendre et accompagner des vécus « différents » de ce que connaissent des femmes non exilées.

Aussi, les psychothérapeutes de notre Service ont développé des connaissances quant aux pratiques, modes de vie, réalités, croyances, coutumes, ainsi que modes de représentation de la maladie et de la souffrance… existant dans les pays dont viennent les femmes accompagnées.  Cette connaissance favorise leur préparation, ouverture et attention à la possibilité de vécus spécifiques en lien avec des réalités et vécus qui ont pu les confronter.

Nous avons vu par ailleurs à quel point les femmes qui fréquentent notre Service viennent de nombreux pays, très différents les uns des autres.

Au sein de ces pays, elles viennent également d’ethnies, de groupes sociaux, de familles et de classes économiques et sociales différentes, de milieux urbains et ruraux (voire désertiques), elles (ou non) bénéficié d’une scolarité plus ou moins importante, ont grandi dans un système d’éducation et de communication plus ou moins ouvert ou fermé, avec des croyances et pratiques religieuses différentes… autant d’éléments qui font que deux femmes venant d’un même pays pourront avoir des « références culturelles » très différentes.

Ces femmes qui s’exilent vont également intégrer à leur « culture d’origine » des éléments qu’elles s’approprieront comme représentant pour elles la « culture de l’exil », la « culture de femme exilée » ainsi que la « culture du pays d’accueil ».

Les références culturelles des femmes que nous accompagnons, leur rapport au monde et leur clés de référence pour s’y situer, peuvent différer grandement des unes aux autres, comme elles s’écarteront plus ou moins fortement – à maints égards – de celles des psychothérapeutes qui les reçoivent ici.

Tout en ayant acquis certaines connaissances quant aux diverses pratiques et références culturelles, nous veillons avant tout à être particulièrement attentifs à la dimension d’interculturalité dans laquelle s’inscrit notre Service et ainsi à écouter d’autant plus les personnes que nous accompagnons avec un a priori de non savoir, sans interprétation, supposition ou conclusion hâtive, prenant vraiment le temps de rencontrer cette personne tout à fait singulière que nous accompagnons en tâchant de pénétrer progressivement son monde de références, son vécu, sa vérité, et de l’accompagner depuis là où elle est, depuis qui elle est, depuis ce que nous comprenons de qui elle est et comment elle se vit, se sent, se projette.

Une vigilance s’impose pour le psychothérapeute, pour rester dans cette attitude de rencontre, sans a priori.

Notamment, des pratiques traditionnelles jugées néfastes et souvent à l’origine de vécus traumatiques pourront être en réalité vécues très différemment d’une femme à l’autre.  Dans l’ensemble de ces expériences de vie susceptibles de constituer un vécu traumatique, il n’appartiendra qu’au vécu de chacune que ça ait été ou non le cas, pour tel ou tel événement, à tel ou tel moment, de telle ou telle manière.

« J’ai été mariée pour la première fois à 13 ans, à un ami de mon père.  Je suis restée 17 ans avec lui, jusqu’à sa mort l’an passé.  Il était gentil.  Il m’aimait.  Je l’aimais.  C’était un homme bon.  Il se souciait de moi.  Même que nos deux familles m’ont rejetée parce qu’on disait que c’était inacceptable, que j’avais pris du pouvoir sur lui.  Après sa mort, on m’a mariée à son petit frère, et là l’enfer a commencé, il me battait, me déshabillait et me violait devant les enfants, m’insultait, me frappait.  J’ai manqué mourir.  J’avais très peur, tout le temps.  Si je reviens, il me tuera.  La nuit, je vois toujours qu’il me tue. »  Aïcha, Guinée, 32 ans.

« J’ai été excisée une première fois à dix ans.  Mais de cette fois, je ne garde pas un souvenir difficile.  Je n’ai pas été fort excisée.  C’était une grande fête dans le village.  Je me rappelle, les gens chantaient.  Après, j’ai été à l’école.  L’an passé, j’ai eu un petit ami, et je suis tombée enceinte.  Quand mes parents l’ont su, ils m’ont mariée à un vieux et ils m’ont tenu les bras et les jambes à plusieurs pour m’avorter et aussi me réexciser en m’enlevant tout.  Je hurlais.  J’ai perdu beaucoup de sang.  J’ai dû être emmenée à l’hôpital.  Je n’aurais jamais cru mes parents capables de ça.  Je ne sais plus dormir.  JE pleure tout le temps.  Les images me reviennent tout le temps.  Et j’ai mal tout le temps.  Je ne peux plus avoir des relations sexuelles.  Je n’ai plus confiance en personne.  Je ne crois plus en rien.  On voulait se marier.  Ils ont tué notre enfant. » Bintou, Sénégal, 22 ans.

Le psychothérapeute – ouvert à la dimension de transculturalité qui s’inscrira inévitablement dans les séances et préparé à la prendre en compte de la manière la plus pertinente dans le respect de la personne et l’accompagnement de sa reconstruction – ira ainsi à la rencontre des références culturelles de la femme qu’il accompagne, comme il ira à la rencontre de la femme qu’il accompagne dans toutes ses dimensions dans toute sa singularité et sa complexité, sans a priori ni jugement.